lundi, décembre 18, 2006

La thèse (épisode 1)

Sophie s’affairait de groupes en groupes.

Merci d’être venus. Monsieur François ne devrait pas tarder (Monsieur François, c’est Le médecin convié dans le jury de thèse et dont l’assemblée guette l’arrivée depuis un bon quart d’heure). Mamie prends un fauteuil. Non, non les petits fours on les a laissé dans le frigo et c’est papa qui s’occupera des bouteilles de champagne…

Pour Sophie, c’est un grand jour aujourd’hui – elle a sorti les talons aiguilles, le maquillage discret et une petite robe en laine de chez caroll. Son copain est là, ému et cravaté.

18h25 à la pendule, le sourire figé, Sophie participe poliment aux bavardages de ses convives tout en gardant un œil scrutateur sur le hall d’entrée de la faculté. Toujours pas trace de Monsieur François.

Madame Lucas (chef de service à la pharmacie de l’hôpital p. pour qui l’expression « s’être fait tout seul » n’est pas un vain mot) ne contient plus son impatience et toute en graisse et en invectives se dirige d’un pas décidé vers la salle des thèses suivie de près par ses collègues universitaires et par la famille endimanchée qui croit y reconnaître le top départ de la cérémonie.

Monsieur François montures dorées et attaché caisse en cuir arrive finalement dans l’entrefaite, épargnant à notre Sophie le visage blême une embarrassante attente seule face à l’auditoire dans une toute petite salle aux fausses moulures XIXème. Pour mot d’excuse, le retardataire nous sert en entrant une diatribe sur l’insupportable absence de parking dans ce p…de centre-ville et l’abomination du plan de circulation (sic).

La thèse peut commencer.

lundi, novembre 20, 2006

Chroniques de garde : the last one

Hier…
18:01
Je récupère les clés de « l'antre pharmaceutique », acquiesce distraitement aux "petites commissions" de l'interne survoltée et piaffante « j’espère que tu vas être tranquille parce que c’t après-midi ch’sais pas c’qu’ils avaient mais on a pas arrêté » et d'un coup prends conscience (petit moment de solennité !) d'entamer ma dernière garde à P. !
19:59
J’ai lu mes mails, savouré les derniers textes blogostylistiques de l’homme du moment, fait un tour sur le forum anepf, découvert une nouvelle publi de johanne collin, pesté contre la batterie moribonde de mon portable, feuilleté le vieux gala nonchalamment abandonné dans la salle de repos des préparateurs…le bip semble s’être tu pour la soirée et me laisse seule à mon morne ennui.
22:59
Affalée devant le petit écran, télécommande à la main, j’engouffre des sprits, zappant alternativement entre vol de nuit de ppda et un obscur téléfilm au doublage catastrophique sur M6. Aucun appel à signaler.
00:19
La familière sonnerie du bip m'extrait de mes léthargiques méditations. Fervente épicière 24/24, j’arpente une dernière fois les rayonnages à la recherche d’un carton d’hypnovel® pour une infirmière de réa à la voix rauque "on a pas reçu la commande de c't après-midi du coup j'en manque pour la seringue de 4h".
00:40
Retour dans la chambre de garde. J’éteins le vaillant poste télé qui crachote une rediffusion de la Star academy et pelotonnée dans les draps du CHU m’endors au son du ronron ininterrompu des chambres froides.
(Le bip est resté silencieux jusqu'à la relève du lendemain)

lundi, octobre 30, 2006

Chroniques de garde : haltérophilie

Deux à trois fois par mois, je prends mes gardes à la pharmacie de l’hôpital P. Douze heures durant, munie d’un bip d’âge respectable, je suis seule “maître à bord” d’une pharmacie désertée de ses occupants, vaste entrepôt impressionnant isolé au fin fond du CHU entre dépositoire et lingerie.


Ce soir 19h30, une infirmière m’apprend que les arrivées d’eau du bloc mater doivent être coupées pour la nuit et me demande des bidons de réserve pour un éventuel bloc d’urgences. Comme pour devancer toute objection elle s’empresse d’ajouter qu’elle n’avait pas été mise au courant, qu’une commande avait été passée dans la journée et que oui c’est particulièrement urgent !
Après avoir vainement tenté de contacter le cadre administratif de garde, j’ai empli un à un et chargé dans un caddie 35 bidons de 5 litres d'eau osmosée.
Les gardes en pharmacie à défaut de me convaincre de la plus-value de l’expertise pharmaceutique ont au moins le mérite de m’imposer un peu d’exercice physique !
(L’histoire ne dit pas si la demande du bloc s’est perdue dans les méandres des couloirs du CHU, si les gars des « antiseptiques, eau et pansements » ont superbement ignoré la commande ou si les infirmières du service dans l'organisation « protocolisée » de la coupure d'eau ont tout bonnement omis d’informer la pharmacie avant de s'en apercevoir à 19h le jour dit !!)

lundi, octobre 23, 2006

Complaisance du pharmacien

Hier sur le chemin de l’internat, nous avons parlé laxatifs !! Depuis quelques mois, H. s’intéresse à leur utilisation et en particulier à leur usage abusif (jusqu'à la psychiatriquement reconnue et bien nommée « maladie des laxatifs »). Forte d’une courte expérience en officine, nous en sommes venues à évoquer l’extraordinaire paradoxe des pharmaciens. Comment revendiquer sans rougir une mission de santé publique quand la logique commerciale nous invite prudemment à obéir sans broncher aux desideratas des clients constipés ? Le regard baissé, accaparé par la saisie des codes-barres, nous nous contentons de susurrer un timide "mangez des fibres" ou "pensez à boire suffisamment". Mais dans un peremptoire "toute façon y a que ça qui marche", notre client avide de purge et automédiqué n’attend pas de nous les conseils de bon sens qu’il connaît lui-même par cœur mais un sourire avenant et parfumé qui lui suggérera de s’intéresser d’un peu plus près à « notre nouvelle gamme de compléments alimentaires »…

vendredi, octobre 13, 2006

L'obsession de l'étiquette

Lors de l’attribution des tâches, j’avais hérité avec une co-interne de la haute et périlleuse mission de suivi des médicaments dérivés du sang (ou dans notre jargon MDS). Depuis l’affaire du sang contaminé, la traçabilité des MDS est une obligation réglementaire et a naturellement était déléguée aux équipes pharmaceutiques. Notre hôpital s’était doté à l’époque d’un logiciel à l’interface séduisante accompagné d’une rutilante machine à étiqueter…10 ans après, Trace line avait pris un peu la poussière. La fameuse étiqueteuse avait depuis longtemps quitté les circuits commerciaux et ses pannes à répétition rythmaient le quotidien de la pharmacie. Nous passions donc un temps certain à pester et à incanter notre satanée machine qui régulièrement nous condamnait à l’écriture manuelle de plusieurs dizaines d’étiquettes roses et blanches. De cette expérience MDS, je me rappelle également notre armoire débordante de fiches d’administration retournées par les services de soins. Les premières semaines, dans notre jeune enthousiasme nous avions tenté de mettre un peu d’ordre dans cette anarchie accumulée par strate au gré des humeurs des internes successifs, avant d’abandonner, découragées comme d’autres probablement avant nous…Mais ce qui m’a laissée le plus perplexe, c’est que les susceptibilités de notre outil, l’absence de lieu dédié, le bordel de l’archivage réussissaient presque à nous faire perdre de vue la seule et unique fonction de la traçabilité à savoir l’identification d’un lot de médicament de sa réception à son administration…par contre, nous ressentions (il faut l'avouer avec une légère honte) ce que j’appellerais « l’obsession de l’étiquette », cette joie jouissive « devant une traça complète », cette petite satisfaction primitive au son du lecteur de code-barre...

lundi, octobre 02, 2006

Pour qui ? Pour quoi ? Ou il était une fois « Pharmamaniak »

Après avoir passé quelques mois côte à côte sur les bancs d’un master de pharmacologie, Cleya et moi nous cohabitons depuis le printemps dans un même bureau au rez-de-chaussée du vaste de département de pharmacologie de l’université de B. Cleya y achève son internat par une année de DESC es Pharmacologie, quant à moi j’entame un 4ème semestre d’internat en pharmacie spécialisée (ne nous perdons pas aujourd’hui en explications alambiquées, nous aurons l’occasion de reparler de cette espèce rare et absconse des « pharmaciens spécialistes »). Entre confidences de filles, histoires de coeur et petits papoti papota autour du café du matin, nos attentes et notre désarroi vis à vis de notre formation de pharmacien(ne)s accapare nombreuses de nos conversations. Dans notre élan, il nous semble que le dépit et la « crise identitaire » sont trop répandu parmi nos co-internes et collègues de promo pour ne pas tenter un passage à l’écrit, une mise en mots seul moyen de structurer et faire entendre une parole…Dans ce blog nous espérons tisser la chronique de nos expériences et interrogations loin du périmètre feutré des salles café ou des discours consensuels et politisés des syndicats d’internes. J’ignore si nous réussirons à nous astreindre à la discipline blogosphérique mais (vœu pieux) souhaitons longue vie à « notre tribune libre »!!

vendredi, septembre 22, 2006

L'épreuve des choix

Hier journée de choix des stages. Dans un cérémonial immuable et figé, les internes se voient attribuer leur affectation pour les 6 prochains mois. Les plus jeunes, valise en main et mine froissée par les heures de trajets attendent de plus en plus anxieux l'appel libérateur de leur nom au fur et à mesure que s'amenuise le nombre de postes disponibles .
17 heures les choix sont clos, les langues se délient, certains visages contrits et résignés ne s'attardent pas dans l'amphi (je le savais, j'étais mal classé, mais louer un appart à C., quelle plaie). Plusieurs recrues bordelaises viennent me poser des questions sur les locaux de l'internat, les stages...je prends l'assurance des aînées, dicte avec application la procédure à suivre pour le logement, leur raconte en fêtarde à peine sevrée l’ambiance festive des vendredi de fin de mois, réponds sur les temps de trajet, rythme des gardes, intérêt des postes…
Une strasbourgeoise un peu plus angoissée que les autres s’adresse à moi vers la fin, la salle est quasiment vide. Elle pose les mêmes questions récurrentes (légitimes) que ses camarades précédentes et je répête avec un même enthousiasme le numéro du secrétariat, l'itinéraire pour gagner l'hôpital L...etc. Quand soudain Monsieur P., Pharmacien inspecteur au profil chevalin s’approche d’elle, l’air paternel il lui tend sa carte de visite et là notre blonde strasbourgeoise éclate en sanglots. Cette jolie nana venait d'apprendre qu'elle appartiendrait aux rares internes "exilés en périph" et que non contente de bosser à 1 heure de B., devra s’inscrire à la faculté de C. (because cota d'inscription). Le copain ingénieur art et métier tout penaud fait ce qu’il peut…lui aussi en a gros sur la patate il part en Italie dans une quinzaine de jours et vous comprenez qu’il me dit « on vient de l’autre bout de la France » (merci chéri, ma géographie est plus que lacunaire)…avant de se quitter, la miss reniflante souhaite que je la rassure une nouvelle fois sur les tâches à accomplir et le rythme de travail. Je me garde de lui révéler qu'elle effectue tous ces sacrifices pour aller compter des boîtes et cautionner la paresse crasse d’une équipe au bord de la retraite…